Guadeloupe Littoral®
a rencontré Gérard BERRY, délégué du Conservatoire du Littoral en
Guadeloupe afin de discuter des aménagements.
Guadeloupe Littoral®:
Monsieur BERRY, parlez-nous des aménagements sur le littoral naturel.
Gérard BERRY :
L’archipel Guadeloupe, riche de la diversité de ses paysages, de ses
différents milieux, de ses intérêts multiples liés à la nature aux
supports ou aux traces de l’histoire, trouve une bonne part de son
développement économique dans le tourisme.
Tout support économique
génère une production basée sur la matière première. En l’occurrence,
la matière première est notre environnement, ce patrimoine naturel,
historique et culturel dont nous sommes fiers à juste titre, et que nous
nous efforçons de préserver, protéger, valoriser.
D’où ces nombreux
aménagements qui fleurissent sur nos sites, du fait des collectivités,
des institutions, des associations ou encore portés par des intérêts
privés. Alors il est temps de se poser la question : nos aménagements
sont ils réussis ?
Guadeloupe Littoral® :
Mais à quoi reconnaît-on un aménagement réussi ?
GB : A première
vue, les sites les plus connus sont « assez bien aménagés », même si
l’entretien et la maintenance laissent souvent à désirer. Justement,
s’agit-il pour le maître d’ouvrage, propriétaire ou gestionnaire du site
d’investir simplement dans des travaux qui vont faciliter l’accueil du
public en valorisant le patrimoine … juste le temps de la durée des
mobiliers ? Jusqu’au prochain cyclone ? Jusqu’aux prochaines vacances ?
Ou bien faut-il bien plus que cela ?
Alors, pouvons-nous dire
qu’un aménagement réussi permet de protéger le site, par des moyens
juridiques, financiers, humains … tout en assurant un accueil de qualité
à des publics variés, en cultivant la curiosité et l’intérêt par une
animation pédagogique et touristique ? Assurant un juste équilibre entre
préservation du milieu et ouverture au public. Mettant en œuvre
plusieurs partenaires qui mettent ensemble leurs moyens afin de remplir
les nombreuses missions dévolues aux uns et aux autres, établissements
publics, collectivités, sociétés et associations, autour d’un projet qui
permet, avec l’adhésion de la population locale, de faire vivre le site.
Le partenariat est sous-tendu
par des fonds publics, des dispositifs ou instruments de développement
disponibles (Guadeloupe, Région d’Objectif 1, Loi programme nationale,
dispositifs régionaux et départementaux). Bien entendu, il faut secouer
l’inertie lourde des financeurs institutionnels ou privés et s’assurer
de la fiabilité des projets présentés.
Nous parlons de gestion
intégrée pour nos zones côtières. Elle doit être en adéquation avec la
volonté des habitants. Perspectives et espérances doivent tenir compte
des besoins identifiés, et appellent à la coopération de tous pour les
réaliser. Les notions de territoire s’imposent aujourd’hui en
accompagnement de la gestion durable. Le site bien aménagé doit être
créateur d’emploi et s’autofinancer au bout du compte !
Pour citer quelques
exemples d’aménagements réunissant les moyens pour réussir :
-
En premier lieu, un
bel exemple, la Grivelière dans la vallée de Grand Rivière de la
commune de Vieux-Habitants, avec la région, l’association
gestionnaire, les habitants de la vallée, les agriculteurs, le Parc
National de La Guadeloupe, qui sont parties prenants du projet ;
-
La Pointe des
Châteaux, en devenir avec l’opération grand site en cours ;
-
Les îlets de
Petite-Terre, préservés, protégés, aménagés pour l’accueil du public
dans le strict respect d’un cahier des charges précis ;
-
La pointe à Bacchus, à
Petit-Bourg, qui réunit également tous les critères pour une bonne
gestion intégrée et durable, à condition que la commune gestionnaire
en prenne la pleine dimension. Toutes les conditions sont réunies,
maintenant il faut gérer et faire vivre ce site !
Guadeloupe Littoral®:
Pouvez-vous être plus précis ?
GB :De nombreux
sites naturels sont aujourd’hui aménagés pour l’accueil du public, mais
ne bénéficient pas d’une gestion pérenne, et ne vivent pas pleinement.
Ils éprouveront toujours des difficultés pour la maintenance,
l’entretien, la protection, surtout que le financement n’est pas en
place. Ce sont généralement des sentiers, linéaires ou en boucle, aires
d’accueil endormies, sites parfois abandonnés aux herbes folles :
-
La plage de Grande
Anse à Trois-Rivières, le bain et la détente, la ponte des tortues
luth, qui pourrait être la base d’un pôle d’activité d’écotourisme,
-
Les falaises d’Anse-Bertrand
ou encore de Marie-Galante,
-
L’ensemble Morne
Morel-plage de Pompierre à Terre-de-Haut,
-
Le site de l’Anse à
l’Eau, à Saint-François,
-
Gros Morne et Grande
Anse à Deshaies
-
Anse Babin, plage,
pique-nique, mangrove et forêt marécageuse, pêche et visites du
Grand cul de sac…
La liste pourrait encore
être longue. Mais j’ai choisi de vous parler d’un site extra ordinaire
en pleine évolution, présentant perspectives et espérances, volonté
communale, adhésion des associations et du public, potentiellement
créateur de plusieurs emplois, avec des atouts indiscutables : le marais
nord de Port-Louis.
Tout d’abord, il
s’agissait de sauver le marais, qui attisait toutes les convoitises.
Chose faite grâce à un partenariat renforcé dans l’épreuve, entre la
Municipalité et le Conservatoire du Littoral. Puis il a fallu garantir
cette sauvegarde par la préservation et la protection. Actions qui
passent par un partenariat multiple. C’est là qu’interviennent la SAFER
pour les acquisitions mais aussi la gestion de la problématique
agricole, l’ONF et plus récemment le PNG pour la gestion écologique, les
travaux, la surveillance. Les associations adhèrent très vite au projet,
qui prend forme, s’étoffe, oblige à une réflexion globale faisant suite
à une étude sociologique : utilisateurs, chasseurs, pêcheurs, population
très proche du marais et de la zone côtière dans ses us et coutume. Une
meilleure connaissance de la chose écologique est apportée également,
ainsi que de l’histoire et le fonctionnement du marais et de son
environnement dans le passé. Tout cela permet de concevoir, avec les
différents partenaires aidés d’un architecte, des aménagements en
adéquation avec les potentialités du site, mais aussi avec les ambitions
de la commune et des associations quant à l’écotourisme et au
développement durable. Appel est fait à toutes les bonnes volontés et
aux experts (personnes ressources). Des entreprises sont triées sur le
volet à travers un appel d’offres très technique. Et les résultats sont
là : fiabilité, originalité, esthétique sont l’apanage de ces
aménagements très fonctionnels. Maintenant, en plus des partenaires
institutionnels incontournables, il s’agit de garantir une équipe de
gestionnaire de terrain, capables de faire vivre le marais et les
terrains tout autour. Valoriser et tirer profit de l’agriculture et de
l’élevage, des activités traditionnelles de chasse et de pêche.
Organiser et conduire des visites guidées, des activités touristiques,
pédagogiques et sportives telles que la randonnée pédestre, la plongée,
le canoë-kayak, les visites à thème…
L’équipe est pressentie,
des gardes du littoral et animateurs seront recrutés et formés. Les
conventions vont être signées entre les partenaires, garantissant la
pérennité des aménagements… et leur réussite, en faisant vivre cet
espace naturel protégé.
La préservation et la
protection de nos sites naturels riment avec gestion, animation et
accueil du public.